<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" >

<channel><title><![CDATA[ELISABETH RECURT - Textes]]></title><link><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes]]></link><description><![CDATA[Textes]]></description><pubDate>Fri, 10 Apr 2026 22:44:09 -0700</pubDate><generator>Weebly</generator><item><title><![CDATA[Une seconde venue au monde: 1967 sur les Îles.]]></title><link><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/une-seconde-venue-au-monde-1967-sur-les-iles]]></link><comments><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/une-seconde-venue-au-monde-1967-sur-les-iles#comments]]></comments><pubDate>Sat, 16 Mar 2019 14:53:49 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.elisabethrecurt.com/textes/une-seconde-venue-au-monde-1967-sur-les-iles</guid><description><![CDATA[Artefact Montr&eacute;al,&nbsp;2007Extrait          [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<h2 class="wsite-content-title">Artefact Montr&eacute;al,&nbsp;2007<br />Extrait</h2>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.elisabethrecurt.com/uploads/9/8/5/2/98526856/1-13_orig.jpeg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  ]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Post-scriptum]]></title><link><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/post-scriptum]]></link><comments><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/post-scriptum#comments]]></comments><pubDate>Fri, 15 Mar 2019 14:33:11 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.elisabethrecurt.com/textes/post-scriptum</guid><description><![CDATA[Nouvelle parue dans&nbsp;Br&egrave;ves litt&eacute;raires, 2013, #86  &Ccedil;a n&rsquo;avait jamais &eacute;t&eacute; facile, le matin.&nbsp;Les premi&egrave;res heures ne donnaient strictement rien. Mes pens&eacute;es allaient de-ci de-l&agrave;. &Ccedil;a me prenait toujours deux cafe&#769;s, des plaintes sur la texture du papier, la pauvret&eacute; de mes outils...&nbsp;Puis le d&eacute;clic avait lieu. S&eacute;duite par un pastel outremer, une poussi&egrave;re de ciel. Il me fallait assomb [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<h2 class="wsite-content-title">Nouvelle parue dans&nbsp;Br&egrave;ves litt&eacute;raires, 2013, #86</h2>  <div class="paragraph"><span>&Ccedil;a n&rsquo;avait jamais &eacute;t&eacute; facile, le matin.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Les premi&egrave;res heures ne donnaient strictement rien. Mes pens&eacute;es allaient de-ci de-l&agrave;. &Ccedil;a me prenait toujours deux cafe&#769;s, des plaintes sur la texture du papier, la pauvret&eacute; de mes outils...</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Puis le d&eacute;clic avait lieu. S&eacute;duite par un pastel outremer, une poussi&egrave;re de ciel. Il me fallait assombrir un ton, r&eacute;chauffer un ocre... je me laissais emporter, doucement.&nbsp;</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>J&rsquo;arr&ecirc;terais quand je serais &eacute;puis&eacute;e.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>C&rsquo;e&#769;tait en mars que j&rsquo;avais re&ccedil;u la bourse pour une r&eacute;sidence de trois mois dans l&rsquo;Ouest, dans un atelier en pleine montagne... loin de celui, exigu, du boulevard Saint-Laurent.</span></div>  <div>  <!--BLOG_SUMMARY_END--></div>  <div class="paragraph" style="text-align:justify;"><span>Dans le formulaire &agrave; remplir, je n&rsquo;avais pas tra&icirc;n&eacute; sur le paragraphe qui stipulait qu&rsquo;aucun enfant n&rsquo;&eacute;tait admis sur le &laquo; campus &raquo;.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Cinq jours avant le d&eacute;part, quelques scrupules m&rsquo;avaient fait t&eacute;l&eacute;phoner. Oui, j&rsquo;arriverais dans moins d&rsquo;une semaine, nous arriverions, c&rsquo;est-&agrave;-dire, oui, moi et ma fille, j&rsquo;avais oubli&eacute; de vous le dire ? Oui, j&rsquo;ai une fille, elle est toute petite (comme si son jeune &acirc;ge minimisait l&rsquo;effet inconvenant de sa venue...), elle ne causerait aucun proble&#768;me, elle &eacute;tait habitu&eacute;e &agrave; voyager... On ne pourrait pas loger avec les autres. ll me faudrait louer quelque chose &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Apr&egrave;s maintes communications, j&rsquo;avais trouv&eacute; une gardienne et un deux pi&egrave;ces dans la ville voisine, touristique. Et voil&agrave;, nous &eacute;tions install&eacute;es et je ne me privais pas d&rsquo;emmener discr&egrave;tement Alice &agrave; l&rsquo;atelier de temps &agrave; autre. Pendant qu&rsquo;elle faisait boire du caf&eacute; &agrave; ses poup&eacute;es et dessinait dans mes cahiers en fredonnant interminablement les deux m&ecirc;mes chansons, je raturais, hachurais, esquissais, estompais, effa&ccedil;ais, retra&ccedil;ais... Certains jours, je laissais ma fille recouvrir son Pinocchio d&rsquo;argile puis le nettoyer &agrave; grande eau, laissant couler un ruisseau derri&egrave;re elle... les autres occupants du b&acirc;timent de bois et de verre ne lui pr&ecirc;taient gu&egrave;re attention, tout occup&eacute;s qu&rsquo;ils &eacute;taient &agrave; &laquo; vivre leur vie &raquo;, entre la cr&eacute;ation et les relations de tout ordre.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Les boursiers &eacute;taient ici pour rattraper le temps perdu. Perdu &agrave; gagner leur vie, perdu dans la routine d&rsquo;une morne relation amoureuse. Invariablement, Jim et Burt commenc&#807;aient &agrave; travailler &agrave; quatre heures de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, apr&egrave;s une randonn&eacute;e et quelques bi&egrave;res, tandis que Nathan et Chloe&#769; s&rsquo;activaient sans rel&acirc;che &agrave; organiser des performances musicales.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Je vivais en marge de leur agitation, j&rsquo;&eacute;tais &eacute;conome, je voulais profiter des heures que Banff m&rsquo;offrait. Le temps en atelier se faisait rare les mois o&ugrave; j&rsquo;enseignais. Je prenais ma revanche sur ma vie montr&eacute;alaise.</span><br /><span>Les premiers jours, j&rsquo;avais &eacute;t&eacute; tent&eacute;e de me laisser happer dans le grand tourbillon des concerts, pi&egrave;ces de th&eacute;&acirc;tre, films, lunchs, 5 &agrave; 7, marche &agrave; l&rsquo;aube dans les montagnes et late meetings jusque dans le bain tourbillon. Il y avait toujours quelqu&rsquo;un pour s&rsquo;&eacute;tonner de ma r&eacute;sistance : &laquo; Vous n&rsquo;avez pas assist&eacute; au concert? &raquo;</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>&Agrave; dire vrai, je vivais un dilemme qui me faisait, certains soirs, m&rsquo;endormir sur un triste bilan : je ne tissais aucun v&eacute;ritable lien, je ne profitais pas assez de la vie et je le regretterais.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>La maternit&eacute; m&rsquo;avait-elle chang&eacute; ? D&rsquo;o&ugrave; me venait ce d&eacute;sir de plus en plus pressant d&rsquo;entreprendre ce qu&rsquo;on appelle &laquo; une &oelig;uvre &raquo; ? Au th&eacute;&acirc;tre ou dans un club de jazz, est-ce que je ne me laissais pas porter par le luxe de ne rien produire, de laisser aller mon imaginaire ? N&rsquo;&eacute;tait-ce pas l&agrave; que j&rsquo;&eacute;laborais le mieux, presque inconsciemment, des univers o&ugrave; architectures, structures m&eacute;talliques, arches et vo&ucirc;tes donnaient naissance &agrave; des &ecirc;tres &eacute;lanc&eacute;s, mettaient en sc&egrave;ne des personnages tendus, des visages burin&eacute;s? Je voyais les reliefs se d&eacute;velopper, des traits se fondre les uns dans les autres. Je sortais du spectacle comme d&rsquo;un songe, inspir&eacute;e.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Quoi qu&rsquo;il en soit, vers la fin de mon s&eacute;jour, frugal de pr&eacute;cieux moments de cr&eacute;ation, je me retrouvais aux prises avec un manque flagrant de mod&egrave;les. J&rsquo;avais &eacute;puis&eacute; la patience de mes connaissances et je voulais terminer ma s&eacute;rie de dessins par le portrait d&rsquo;une vieille personne. Mes recherches n&rsquo;avaient rien donn&eacute;. J&rsquo;&eacute;tais au bord du de&#769;couragement. Mes coll&egrave;gues me taquinaient : &laquo; Continue &agrave; chercher, nous, on va voir un show... &raquo;</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>J&rsquo;en &eacute;tais &agrave; repenser tout mon projet lorsqu&rsquo;un soir, alors que j&rsquo;allais quitter l&rsquo;atelier, j&rsquo;entendis un pas tra&icirc;nant dans le couloir d&eacute;sert&eacute;. Je jetai un coup d&rsquo;&oelig;il. Il y avait l&agrave; un homme de m&eacute;nage qui devait &ecirc;tre en train de finir son travail. Il avait l&rsquo;air &eacute;puis&eacute;, mais &agrave; ma vue il hocha la t&ecirc;te gentiment et m&rsquo;interpella :</span><br /><span>&ndash; Vous n&rsquo;avez pas fini votre journ&eacute;e ?&nbsp;</span><br /><span>&ndash; &Agrave; ce que je vois, vous non plus.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Je fermai la lumi&egrave;re et quittai mon espace. Il sortit en m&ecirc;me temps que moi et, sous la lumi&egrave;re blafarde du porche, je fus saisie par l&rsquo;intensit&eacute; de son regard, alors que tous ses traits trahissaient son &acirc;ge. Il avait une belle chevelure, blanche, souple, dans laquelle ses doigts maigres essayaient de faire de l&rsquo;ordre. Je m&rsquo;entendis lui dire :</span><br /><span>&ndash; Vous savez quoi, si vous voulez vous faire un suppl&eacute;ment d&rsquo;argent, je pourrais vous engager comme mod&egrave;le, je cherche quelqu&rsquo;un de votre ge&#769;ne&#769;ration, je fais des portraits, je vous donnerais dix dollars de l&rsquo;heure.</span><br /><span>&ndash; Et qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;aurais &agrave; faire ?</span><br /><span>&ndash; Rien, rester assis dans la m&ecirc;me position. C&rsquo;est un peu dur quand on n&rsquo;a pas l&rsquo;habitude, mais on prendrait des pauses. C&rsquo;est seulement si votre horaire le permet et si &ccedil;a vous tente.</span><br /><span>&ndash; S&ucirc;r que &ccedil;a me tente : demain deux heures ?</span><br /><span>Je venais de trouver, in extremis, le parfait vieillard ! Il pourrait peut-&ecirc;tre poser trois ou quatre fois !</span><br /><span>&#9826;</span><br /><span>&Agrave; deux heures pile, il entra dans l&rsquo;atelier. Je l&rsquo;installai sur un tabouret, j&rsquo;&eacute;tais f&eacute;brile, fin pr&ecirc;te. De temps &agrave; autre, il dirigeait son regard vers les dessins termin&eacute;s, mais il &eacute;tait un bon mode&#768;le. Je lui avais expliqu&eacute; :</span><br /><span>&ndash; Je ne parle pas quand je travaille, ce n&rsquo;est pas que je ne m&rsquo;int&eacute;resse pas &agrave; vous, mais &ccedil;a me d&eacute;concentrerait.</span><br /><span>&ndash; Pas de probl&egrave;me.</span><br /><span>Ce premier apr&egrave;s-midi s&rsquo;&eacute;tait bien d&eacute;roul&eacute; : quatre heures de travail. Quand je lui donnai l&rsquo;argent pr&eacute;vu, je me sentis b&eacute;nie des dieux. Rendez-vous fut pris pour le lendemain, m&ecirc;me heure.</span><br /><span>J&rsquo;aimais la compagnie de ces personnes humbles, d&eacute;nu&eacute;es de tout orgueil. J&rsquo;&eacute;tais n&eacute;e &agrave; la campagne et j&rsquo;aimais le silence qui donnait du poids aux mots, l&rsquo;&eacute;conomie de faux-semblants.</span><br /><span>&#9826;</span><br /><span>Les traits plus tir&eacute;s que la veille (&laquo; une grosse journ&eacute;e hier &raquo;, laissa-t-il tomber) mais d&rsquo;excellente humeur, mon mod&egrave;le recommen&ccedil;a &agrave; poser. Au bout d&rsquo;un certain temps, il demanda :</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>&ndash; Est-ce que &ccedil;a vous d&eacute;rangerait que je lise ?&nbsp;</span><br /><span>&ndash; Non, vous lisez?</span><br /><span>Je m&rsquo;aper&ccedil;us que ses l&egrave;vres tremblaient : il marmonnait.</span><br /><span>&ndash; Je peux vous en lire un passage? C&rsquo;est du John Ashbery.</span><br /><span>Je n&rsquo;&eacute;tais pas &agrave; un &eacute;tonnement pre&#768;s... J&rsquo;avais eu des mod&egrave;les qui chantaient, d&rsquo;autres qui s&rsquo;endormaient...</span><br /><span>Le jour baissait, je m&rsquo;excusai, je n&rsquo;avais simplement pas vu le temps passer.</span><br /><span>Il d&eacute;froissa son vieux pantalon. On sortit ensemble. Je le vis partir vers l&rsquo;arri&egrave;re du b&acirc;timent. On travaillerait encore trois heures le jour suivant, mais un peu plus t&ocirc;t.</span><br /><span>&#9826;</span><br /><span>Je l&rsquo;attendais depuis une heure d&eacute;j&agrave; quand mon voisin se pr&eacute;senta :</span><br /><span>&ndash; Viens donc prendre un lunch avec moi, pour une fois.</span><br /><span>Je r&eacute;alisai que je n&rsquo;avais ni le nom ni le nume&#769;ro de t&eacute;l&eacute;phone de mon mod&egrave;le. Il avait d&ucirc; avoir un contretemps. J&rsquo;acceptai l&rsquo;invitation, et en sortant, j&rsquo;&eacute;pinglai un mot sur ma porte.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Alors que Burt racontait sa rencontre avec un guitariste folk, une grande affiche &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e du lounge surprit mon regard.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>CHRISTOPH BEHRENS CONF&Eacute;RENCE &Agrave; LA VEILLE</span><br /><span>DE SA R&Eacute;TROSPECTIVE AU MOMA</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Interloqu&eacute;e, &eacute;mue, atterr&eacute;e, sans voix, je serrai le bras de Burt.</span><br /><span>&ndash; Eh! qu&rsquo;est-ce qui se passe? Tu as une vision?</span><br /><span>Pendant un instant, oui, je le pensai.</span><br /><span>Burt rep&eacute;ra l&rsquo;affiche :</span><br /><span>&ndash; Hey ! c&rsquo;est lui, le cin&eacute;aste, le photographe qui a donn&eacute; sa conf&eacute;rence avant-hier, tu as rat&eacute; quelque chose, je te le dis!</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>L&rsquo;homme que j&rsquo;avais d&eacute;visag&eacute; pendant des heures jusque dans les moindres replis de sa peau, des poches sous les yeux au double menton, des tempes aux m&egrave;ches de cheveux...</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Sur la photo, il se tenait droit comme un I, des bretelles color&eacute;es sur une chemise blanche impeccable.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><em>Self portrait</em><span>y &eacute;tait calligraphi&eacute;.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Je renon&ccedil;ai au lunch en bafouillant une quelconque excuse. Je voulais retrouver mon atelier, reprendre mon souffle.</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Sur la note laiss&eacute;e pour dire que je serais bient&ocirc;t de retour, tout en bas, en tr&egrave;s petit, il y avait e&#769;crit :</span><br /><span>&nbsp;</span><br /><em>P.S. : I am sorry, I have to go back to NY.</em><br /><span>&nbsp;</span><br /><span>Suivaient un num&eacute;ro de t&eacute;l&eacute;phone et une signature : &laquo; Chris &raquo;.</span><br /><br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Des mots, la nuit]]></title><link><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/des-mots-la-nuit]]></link><comments><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/des-mots-la-nuit#comments]]></comments><pubDate>Thu, 14 Mar 2019 18:57:40 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.elisabethrecurt.com/textes/des-mots-la-nuit</guid><description><![CDATA[Nouvelle publi&eacute;e dans la revue&nbsp;Virages, printemps 2016,#75.  ll se retourne pour voir si elle est pr&ecirc;te. Ils vont sortir d&icirc;ner. Rest&eacute;s enferm&eacute;s dans leur chambre d&rsquo;h&ocirc;tel toute la journ&eacute;e, blottis dans un cocon chaud et moelleux, ils ont maintenant besoin d&rsquo;une bouff&eacute;e d&rsquo;air frais, d&eacute;sir de r&eacute;int&eacute;grer le monde, peut-&ecirc;tre pour se donner les autres d&icirc;neurs comme t&eacute;moins d&rsquo;un lie [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<h2 class="wsite-content-title"><font size="6">Nouvelle publi&eacute;e dans la revue&nbsp;<em>Virages</em>, printemps 2016,#75.</font></h2>  <div class="paragraph"><span>ll se retourne pour voir si elle est pr&ecirc;te. Ils vont sortir d&icirc;ner. Rest&eacute;s enferm&eacute;s dans leur chambre d&rsquo;h&ocirc;tel toute la journ&eacute;e, blottis dans un cocon chaud et moelleux, ils ont maintenant besoin d&rsquo;une bouff&eacute;e d&rsquo;air frais, d&eacute;sir de r&eacute;int&eacute;grer le monde, peut-&ecirc;tre pour se donner les autres d&icirc;neurs comme t&eacute;moins d&rsquo;un lien qu&rsquo;ils gardent secret dans leur propre environnement. Ces deux jours &agrave; Ottawa tombent bien, ils ne partagent le m&ecirc;me lit qu&rsquo;une ou deux fois par an&hellip;</span></div>  <div>  <!--BLOG_SUMMARY_END--></div>  <div class="paragraph">Elle est debout, un v&ecirc;tement &agrave; enfiler au bout de son bras droit, tendu dans les airs. Elle se tient, l&eacute;g&egrave;rement d&eacute;hanch&eacute;e, en demi-pointe du pied gauche, la jambe droite bien ancr&eacute;e au sol, tout son corps y plombant. Sa peau a gard&eacute;, jusqu&rsquo;en cette fin d&rsquo;automne, le h&acirc;le dor&eacute; qui lui va si bien. Ses cheveux tombent sur ses &eacute;paules, une masse de cheveux sombres, brillants, l&eacute;g&egrave;rement ondul&eacute;s. Il fixe sa taille, cette taille fine qu&rsquo;il aime palper, m&ecirc;me les yeux ferm&eacute;s, surtout les yeux ferm&eacute;s. Il fr&eacute;mit.&nbsp;<br />Est-elle en train d&rsquo;enlever un v&ecirc;tement ou d&rsquo;en passer un? Le regard de l&rsquo;homme l&rsquo;a fig&eacute;e dans sa m&eacute;moire. Pour lui, elle ne bouge plus, il a arr&ecirc;t&eacute; l&agrave; son mouvement, l&rsquo;a capt&eacute; et le gardera en m&eacute;moire.<br />Il y a des instants qu&rsquo;il tente de prolonger, de figer, ainsi que dans une toile de Hopper&nbsp;: la femme entre ou part, quelqu&rsquo;un quitte l&rsquo;espace ou y p&eacute;n&egrave;tre, une personne est assise sur le bord d&rsquo;un lit et va se lever, ou plut&ocirc;t, elle vient de s&rsquo;y asseoir. On ne sait s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un commencement ou d&rsquo;une fin, d&rsquo;une introduction ou d&rsquo;une conclusion&hellip; Peut-&ecirc;tre seulement des points de suspension&hellip; L&rsquo;incertitude est palpable dans cette immobilit&eacute;.&nbsp;<br />Le silence, le poids du vide.<br />Il quitte le tableau et revient &agrave; lui. Elle a pass&eacute; une robe. Elle se tient droite, devant lui&nbsp;:<br />&ndash;&nbsp;Je suis pr&ecirc;te.<br />Elle est toujours pr&ecirc;te, partante. Elle s&rsquo;embarquerait avec lui pour la vie. Les discussions tournent parfois en rond &agrave; ce sujet&nbsp;: elle a l&rsquo;impression de parler &agrave; un mur tant il a peur de s&rsquo;engager. Il n&rsquo;ose pas s&rsquo;avancer ou,s&rsquo;il avance, il recule ensuite, apeur&eacute; par les risques &agrave; prendre. Puis, il l&rsquo;imagine, regarde ses photos et replonge, il d&eacute;laisse la paralysie du couple qu&rsquo;il forme avec sa conjointe officielle. Sa petite maison d&rsquo;Outremont ne lui suffit plus. Sa biblioth&egrave;que, sa famille, sa passion culinaire, ses amis et voisins&hellip; ll a besoin de respirer ailleurs. D&rsquo;une autre mani&egrave;re. De se sentir vivant. D&rsquo;aller au-del&agrave; des habitudes, de se surprendre, se faire surprendre.<br />Avec elle, le d&eacute;fi est tendre, tr&egrave;s tendre malgr&eacute; les angoisses des lendemains.<br />Elle essaie de comprendre sa situation, mais n&rsquo;y parvient pas toujours. Et puis, elle s&rsquo;en fiche&nbsp;: advienne que pourra. &laquo;&nbsp;Que veut-il ? Que suis-je pour lui ?&nbsp;&raquo; s&rsquo;interroge-t-elle lorsqu&rsquo;elle traverse et retraverse la ville en m&eacute;tro, lorsqu&rsquo;elle prend un long bain ou s&rsquo;&eacute;tend au soleil dans un parc.<br />&laquo; O&ugrave; est-il ? Que fait-il ?&nbsp;&raquo; se demande-t-elle.<br />Il leur arrive de faire de la t&eacute;l&eacute;pathie. Ils prennent le combin&eacute; du t&eacute;l&eacute;phone en m&ecirc;me temps pour se rejoindre, ils rient, ils savent bien qu&rsquo;au-del&agrave; de ces instants de soi-disant magie, il y a, bien ancr&eacute;e en eux, en dehors des questions/r&eacute;ponses r&eacute;p&eacute;titives, la certitude qu&rsquo;ils compteront toujours l&rsquo;un pour l&rsquo;autre, malgr&eacute; toute autre promesse faite &agrave; qui que ce soit, Dieu sait quand.<br />Au restaurant o&ugrave; ils se sont rendus, ils parlent beaucoup et d&eacute;gustent. Lorsqu&rsquo;elle se l&egrave;ve pour aller aux toilettes, elle se penche lentement vers lui et l&rsquo;embrasse dans le cou. Il rougit, replace ses cheveux. Il est toujours un peu en alerte. Une connaissance pourrait surgir, un t&eacute;moin ind&eacute;sirable&hellip; S&rsquo;il semble croire que le secret donne du piment &agrave; la vie, elle pense parfois que leur situation est on ne peut plus conventionnelle&nbsp;: un couple &eacute;tabli et une amoureuse en douce. Non, ils ne sont pas toujours d&rsquo;accord sur la notion de romantisme.<br />*<br />Quelques heures plus tard, ils sont de retour dans le grand lit.&nbsp;<br />Ils s&rsquo;enlacent, mais ne vont pas faire l&rsquo;amour, ils l&rsquo;ont fait tout l&rsquo;apr&egrave;s-midi. Ils vont seulement se lover l&rsquo;un contre l&rsquo;autre et faire semblant, pour une nuit, d&rsquo;&ecirc;tre habitu&eacute;s l&rsquo;un &agrave; l&rsquo;autre. Ils vont s&rsquo;endormir ensemble, comme un couple ordinaire.<br />Les lumi&egrave;res sont &eacute;teintes, on entend le vent siffler dehors, le long des parois de verre de l&rsquo;h&ocirc;tel. Puis, il y a les mots qu&rsquo;elle entend&nbsp;:&nbsp;&ndash;&nbsp;<em>C&rsquo;est toi que j&rsquo;aime</em>.<br />Elle est interloqu&eacute;e par cette r&eacute;v&eacute;lation, cet aveu.&nbsp;<br />&Eacute;mue, boulevers&eacute;e.&nbsp;<br />Elle reste silencieuse. Paralys&eacute;e.&nbsp;<br />En fait, elle n&rsquo;en croit pas ses oreilles, elle a peur de casser une trop pr&eacute;cieuse porcelaine. Elle choisit de mimer l&rsquo;endormie. Car, tout compte fait, peut-&ecirc;tre n&rsquo;a-t-il prononc&eacute; ces mots qu&rsquo;en &eacute;tant certain qu&rsquo;elle soit d&eacute;j&agrave; endormie, pr&eacute;voyant qu&rsquo;elle ne pourrait les entendre&hellip; Cette annonce subite ne lui ressemble pas, il joue avec le feu, il pratique son audace en s&rsquo;&eacute;coutant prononcer des mots qui pourraient changer le cours de leur existence &agrave; tous les trois. Puis, alors qu&rsquo;elle songe depuis un bon moment, une question tombe&nbsp;: et s&rsquo;il avait esp&eacute;r&eacute; qu&rsquo;elle ne soit pas encore endormie&nbsp;? S&rsquo;il d&eacute;sirait vraiment lui passer le message&nbsp;? Chuchoter dans la nuit&nbsp;&eacute;tant plus facile que de faire sa d&eacute;claration en plein jour. Par contre, il serait priv&eacute; de l&rsquo;&eacute;motion qui aurait &eacute;t&eacute; visible sur son visage &agrave; l&rsquo;audition de ces mots.<br />Une autre option serait qu&rsquo;il ait pr&eacute;vu,&nbsp;qu&rsquo;elle ferait semblant de dormir. Elle entendrait les mots et n&rsquo;y ferait pas allusion, par crainte de ce que ces mots pourraient engendrer, l&rsquo;ouragan qui s'ensuivrait et dont elle serait tenue responsable.&ndash;&nbsp;<em>C&rsquo;est toi que j&rsquo;aime</em>.&nbsp;<br />Quel &eacute;tait le ton, les inflexions de la voix&nbsp;?<br />Au cours de la nuit qu&rsquo;elle passe en partie &eacute;veill&eacute;e, elle songe aux autres avenues potentielles&nbsp;: et si elle avait tout invent&eacute;&nbsp;? S&rsquo;il n&rsquo;avait rien dit et qu'elle s&rsquo;&eacute;tait imagin&eacute;e entendre les mots&nbsp;? Une fois allong&eacute;e pr&egrave;s de lui, elle s'&eacute;tait peut-&ecirc;tre v&eacute;ritablement endormie. &Eacute;tait-ce un r&ecirc;ve&nbsp;? Seulement un r&ecirc;ve&nbsp;? Elle se mord les l&egrave;vres pour ne pas pleurer, elle ne veut pas l&rsquo;&eacute;veiller.<br />Et s'il ne dormait pas non plus, lui&nbsp;? Et s&rsquo;il en &eacute;tait &agrave; se rem&eacute;morer l'&eacute;chappement de cet aveu&nbsp;? Il l&rsquo;avait dit, il avait pris son courage &agrave; deux mains et s&rsquo;&eacute;tait lanc&eacute;, il ne pouvait plus retenir les mots qui retentissaient sans rel&acirc;che dans sa t&ecirc;te, qu&rsquo;il se chuchotait dans ses promenades, au volant de sa voiture, &agrave; la salle de bain&nbsp;? Alors, il s&rsquo;est d&eacute;cid&eacute; &agrave; parler et,en ce moment-m&ecirc;me, il se demande si elle &eacute;tait ou non endormie &agrave; l&rsquo;instant o&ugrave; il a parl&eacute;. Si elle avait fait semblant&nbsp;? Comme lui-m&ecirc;me mimait maintenant le sommeil&nbsp;? Si elle avait choisi de ne pas r&eacute;agir, pensant qu&rsquo;il avait peut-&ecirc;tre parl&eacute; dans son sommeil&hellip; Chose qui &eacute;tait d&eacute;j&agrave; arriv&eacute;e. Elle lui avait avou&eacute;, un matin,&nbsp;qu'en la serrant contre lui pendant la nuit, il avait r&eacute;p&eacute;t&eacute; le pr&eacute;nom d&rsquo;une de ses anciennes amoureuses&hellip; Enfin, peut-&ecirc;tre n&rsquo;a-t-elle rien entendu du tout et ce serait bien mieux ainsi. Et souhaitait-il qu&rsquo;elle n&rsquo;ait rien entendu&nbsp;? &Agrave; s&rsquo;&eacute;couter parler, il s&rsquo;&eacute;tait fait peur, exp&eacute;rimentant combien les choses ne deviennent r&eacute;elles qu&rsquo;au moment de leur &eacute;nonciation. S&rsquo;entendre prononcer ces quatre mots terr&eacute;s dans son cerveau, r&eacute;v&eacute;ler qu&rsquo;elle comptait davantage que sa conjointe l&eacute;gitime allait semer des espoirs auxquels il ne pourrait pas r&eacute;pondre. Ce n&rsquo;&eacute;tait pas la nettet&eacute; de la d&eacute;claration qui r&eacute;soudrait son impossibilit&eacute; &agrave; transformer le cours de sa vie quotidienne. Ou alors, peut-&ecirc;tre qu&rsquo;elle faisait semblant de n&rsquo;avoir rien entendu parce qu&rsquo;au fond d&rsquo;elle-m&ecirc;me, elle n&rsquo;avait pas un r&eacute;el d&eacute;sir de s&rsquo;engager avec lui&nbsp;? Peut-&ecirc;tre que &ccedil;a l&rsquo;arrangeait de ne pas l&rsquo;entendre prononcer ces mots.<br />Peut-&ecirc;tre ne dormait-elle toujours pas, alors qu&rsquo;il &eacute;tait tout &agrave; ses cogitations&hellip; peut-&ecirc;tre ne s&rsquo;&eacute;tait-elle pas du tout endormie. Le voil&agrave; qui surveille ses moindres mouvements&nbsp;: il est aux aguets. Comme s&rsquo;il attendait le moindre signe validant ses doutes&hellip; ou le contraire.<br />Elle se retourne dans le lit et tente de se convaincre qu&rsquo;il a parl&eacute; dans son sommeil. La voil&agrave; parcourue de frissons&nbsp;: et s&rsquo;il avait parl&eacute; dans son sommeil, s'imaginant chez lui dans son &laquo;&nbsp;lit conjugal&nbsp;&raquo;,&nbsp;en train de faire une d&eacute;claration&nbsp;<em>inconsciente</em>&agrave; sa femme&nbsp;?<br />Il se creuse le cerveau. Si elle n&rsquo;a pas entendu, saisira-t-il une autre occasion de lui faire cet aveu&nbsp;? Dans un contexte plus clair&nbsp;? Et pourquoi le lui ferait-il&nbsp;? Par pur romantisme&nbsp;? Pour en finir avec son ambivalence&nbsp;? Pour se mesurer au destin&nbsp;? Pour prendre un v&eacute;ritable risque, se projeter au-dessus du pr&eacute;cipice&nbsp;? Ou par nostalgie&nbsp;?Par regret de ne pas l&rsquo;avoir dit plus t&ocirc;t &agrave; une autre femme, &agrave; un autre moment de sa vie, en d&rsquo;autres circonstances de sa vie&nbsp;? Pour r&eacute;parer des silences trop lourds de cons&eacute;quences&nbsp;?<br />*<br />Il est sept heures du matin lorsqu&rsquo;il se r&eacute;veille en sursaut&nbsp;: il a sa r&eacute;union, celle qui l'a men&eacute; &agrave; Ottawa.&nbsp;<br />Il regarde ses l&egrave;vres s&rsquo;entrouvrir. Il effleure sa cuisse et pose la main sur sa hanche, la gauche, sa pr&eacute;f&eacute;r&eacute;e &agrave; cause de l&rsquo;os du bassin qui pointe. Il sent son sexe se gonfler, durcir et il l&rsquo;entend dire&nbsp;:<br />&ndash;Est-ce que tu m&rsquo;aimes&nbsp;?<br />&ndash;&nbsp;Peut-&ecirc;tre, r&eacute;pond-il avec un large sourire, &agrave; la fois soulag&eacute; qu&rsquo;elle lui demande et embarrass&eacute; d&rsquo;en revenir &agrave; la question fatidique.<br />&ndash;J&rsquo;adore quand tu souris<em>,</em>dit-elle. Et elle s&rsquo;&eacute;tire dans un rayon de soleil levant.&nbsp;<br />Elle engouffre son visage dans le creux de son &eacute;paule, se collant toute enti&egrave;re contre lui.<br /><br />&nbsp;</div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Notes infinies]]></title><link><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/notes-infinies]]></link><comments><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/notes-infinies#comments]]></comments><pubDate>Sat, 03 Nov 2018 12:22:43 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.elisabethrecurt.com/textes/notes-infinies</guid><description><![CDATA[Estuaire, no. 66  Am&eacute;lie&nbsp;: 77, place du Commerce / &eacute;teindre la lumi&egrave;re / chercher mon carnet d&rsquo;adressesAndr&eacute;e&nbsp;: 33 bis, boulevard de Magenta / refaire mon pansement / aller voter au salonAnne-Marie&nbsp;: 6, place Beausoleil / relire la lettre de Jean / o&ugrave; sont mes sandales&nbsp;?Beno&icirc;t&nbsp;: 412, chemin des Tourelles / souligner les incoh&eacute;rences de ce texte / boireCharlotte&nbsp;: 4214, rue Bellerive / me plaindre &agrave; l&rsquo [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<h2 class="wsite-content-title"><font size="6"><em>Estuaire, </em>no. 66</font></h2>  <div class="paragraph"><span>Am&eacute;lie&nbsp;: 77, place du Commerce / &eacute;teindre la lumi&egrave;re / chercher mon carnet d&rsquo;adresses</span><br /><span>Andr&eacute;e&nbsp;: 33 bis, boulevard de Magenta / refaire mon pansement / aller voter au salon</span><br /><span>Anne-Marie&nbsp;: 6, place Beausoleil / relire la lettre de Jean / o&ugrave; sont mes sandales&nbsp;?</span><br /><span>Beno&icirc;t&nbsp;: 412, chemin des Tourelles / souligner les incoh&eacute;rences de ce texte / boire</span><br /><span>Charlotte&nbsp;: 4214, rue Bellerive / me plaindre &agrave; l&rsquo;Office qu&eacute;b&eacute;cois de la langue fran&ccedil;aise / aller marcher</span><br /><span>Claire et Charles&nbsp;: 87, quai du Mar&eacute;chal Foch / &eacute;tirer mes jambes / comment m&rsquo;habiller&nbsp;?</span><br /><span>Fran&ccedil;oise&nbsp;: 27, rue de Dijon / parler &agrave; l&rsquo;infirmier de garde / &eacute;crire la carte d&rsquo;anniversaire</span><br /><span>Hubert&nbsp;: 56, rue de Tourny / acheter une carte routi&egrave;re d&rsquo;Italie du Nord / quand part-elle&nbsp;?</span></div>  <div>  <!--BLOG_SUMMARY_END--></div>  <div class="paragraph">Noter&nbsp;<br />Maurice&nbsp;: 3, rue de Cursol / t&eacute;l&eacute;phoner &agrave; La Baie / pas d&rsquo;accord avec la nouvelle loi&nbsp;!<br />Marie-H&eacute;l&egrave;ne&nbsp;: 6272, rue Lajeunesse / rendez-vous chez le coiffeur / ne pas pleurer devant eux<br />Marie-Jeanne&nbsp;: 260, chemin Gomin / lire Compostelle / a-t-elle de bonnes chaussures&nbsp;?<br />Marie-Louise&nbsp;: 377, boulevard de Courcelles / laver mes bas collants / appeler Zab<br />Marie-Louise et Antoine&nbsp;: 1000, Brock Avenue / faire une infusion / Radio-Canada<br />Mark&nbsp;: 67, South Drive / commander des partitions / retrouver mes lunettes<br />Michel&nbsp;: 12307, boulevard Henri-Julien / ranger mes papiers / chercher l&rsquo;atlas<br />Pierre-Henri&nbsp;: 33, rue Victor-Hugo / pince &agrave; &eacute;piler / prendre du soleil sur la terrasse<br />Ren&eacute;&nbsp;: 578, avenue Principale / d&eacute;couper l&rsquo;article sur Obama / retrouver ma brosse<br />Yolande&nbsp;: 921, rue Calixa-Lavall&eacute;e / ne pas oublier mon Coumadin / marcher devant la maison<br />Yvonne&nbsp;: 22, cours Clemenceau / acheter du lait / ne rien dire &agrave; Jacqueline<br /><br />Punaiser<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />Ann&eacute;es quarante<br />Quarante et un, quarante-deux, quarante-trois<br />Tu &eacute;cris, ratures, biffes, arraches du carnet<br />Ces pages de grisaille subordonn&eacute;es aux humeurs<br />Sur le mur de ta chambre, au-dessus du bureau<br />Mille papiers punais&eacute;s / appels / retra&ccedil;ages / manques / souhaits<br />Tickets de tramway / encrier / patrons de couture recycl&eacute;s<br />Tout peut servir pour &eacute;crire, gratter, creuser, cicatriser, recoudre<br />Sir&egrave;nes / descente &agrave; la cave avec les voisins / capter la&nbsp;BBC / &eacute;couter de Gaulle<br />Et au bout du couloir, du tunnel, qui sait, la guerre est finie<br />Galettes de sarrasin &agrave; l&rsquo;eau, br&ucirc;l&eacute;es au fond d&rsquo;une po&ecirc;le<br />Ta grand-m&egrave;re qui ose un je&ucirc;ne dangereux&nbsp;:&nbsp;<em>Non, non, je vous assure, je n&rsquo;ai plus faim</em><br />Retour &agrave; ton bureau / buvard manquant / aiguise-crayon / po&egrave;mes<br />L&rsquo;amoureux parti au front / le vide de la bo&icirc;te aux lettres / ton ventre br&ucirc;le<br />Tu attends / reprends ton souffle / fac de lettres&nbsp;: discussions, col&egrave;res, fous rires<br />Trop-plein / mots en cascade / court-circuiter le destin, les strat&egrave;ges du silence<br />Ta m&egrave;re r&eacute;p&egrave;te&nbsp;:&nbsp;<em>Tu n&rsquo;as pas fini&nbsp;?&nbsp;</em>/ Non tu n&rsquo;as pas fini<br />&Eacute;crire encore / rapi&eacute;&ccedil;age / d&eacute;tournements de phrases / collages / citations<br />Volets ferm&eacute;s au milieu du jour / balan&ccedil;oires dysfonctionnelles / o&ugrave; sont les enfants&nbsp;?<br />Assises toutes deux sur un banc, dans un parc d&rsquo;Outremont, la bo&icirc;te sur tes genoux<br /><em>Je croyais</em>dis-tu&nbsp;<em>qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait pas de fin &agrave; cet enfermement, cette parenth&egrave;se</em><br />Et pourtant vous &ecirc;tes sorties comme des folles, riant, sautant de joie, ta m&egrave;re et toi<br />Avalanche de corps dansants dans les cages d&rsquo;escalier<br />C&rsquo;&eacute;tait termin&eacute; / la vie allait reprendre son cours<br />Les papiers sur le mur en &eacute;taient &agrave; leur quatri&egrave;me &eacute;paisseur<br />Tu les as d&eacute;tach&eacute;s, rang&eacute;s, enfouis / l&rsquo;amoureux / Gide / d&eacute;clinaison latine&nbsp;<br />Chansons / dans une bo&icirc;te &agrave; couture<br /><br />Tracer<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />Devant la chemin&eacute;e&nbsp;1935 Bordeaux un cahier sur les genoux<br />Puis &agrave; New York dans les ann&eacute;es soixante dans un carnet au&nbsp;MoMA<br />Et entre ces deux moments combien de pages feuilles volantes&nbsp;<br />Agendas carnets d&rsquo;adresses rompus aux souffrances de l&rsquo;encre<br />Ab&icirc;m&eacute;s balafr&eacute;s caress&eacute;s par les pointes et les billes de tout acabit<br />Taches de caf&eacute; de vin de myrtilles de th&eacute;<br />Taches de vie qui coulent s&rsquo;&eacute;parpillent se figent<br />Devant la fen&ecirc;tre grande ouverte &agrave; la campagne sur les coteaux girondins<br />En&nbsp;1928 bien attabl&eacute;e habill&eacute;e du tablier &agrave; carreaux<br />La ma&icirc;tresse&nbsp;:&nbsp;<em>Faites des pleins plus r&eacute;guliers mademoiselle</em><br />Majuscules cursives minuscules bien rondes<br />Dict&eacute;e calcul probl&egrave;mes vocabulaire remise de prix<br />Tu as si bien fait on t&rsquo;offre un bouquet tu le laisses tomber au sol<br />Meilleure &eacute;criture sur les vingt-deux &eacute;l&egrave;ves de la classe ta m&egrave;re dress&eacute;e sur sa chaise<br />Dans ton lit recroquevill&eacute;e, persiennes ferm&eacute;es&nbsp;1940<br />Jours nuits d&eacute;cennies maladies<br />Combien de griffures de blocs-notes perdus puis retrouv&eacute;s<br />Peines d&rsquo;amour &eacute;merveillements notes de travail inqui&eacute;tudes comptes rabougris &eacute;corn&eacute;s<br />Traces de d&eacute;chirure d&rsquo;attente d&rsquo;espoir de questionnements projets avort&eacute;s pertes b&eacute;mols<br />Sur les routes de for&ecirc;t entre le New Hampshire et le Maine dans les ann&eacute;es soixante tr&egrave;s t&ocirc;t le matin quand l&rsquo;homme et les enfants dorment encore&nbsp;<br />Dans la biblioth&egrave;que de l&rsquo;Universit&eacute; Laval la Cin&eacute;math&egrave;que qu&eacute;b&eacute;coise<br />Petits papiers remplis &agrave; ras bord &eacute;touff&eacute;s circonscris emp&ecirc;tr&eacute;s chiffonn&eacute;s repli&eacute;s d&eacute;pli&eacute;s aplanis serviettes de table imbib&eacute;es d&rsquo;encre et doigts noircis<br />Sheaffer bleu marine Parker violet Bic rouge Pilot vert<br />&Eacute;pars des signes parfois illisibles qui racontent le quotidien l&rsquo;extraordinaire, l&rsquo;&eacute;tonnement la d&eacute;ception le fugitif l&rsquo;ordinaire le passager<br />Tu &eacute;cris, tu &eacute;cris jusqu&rsquo;&agrave; ce que ta main ne puisse plus tracer&nbsp;<br />Jusqu&rsquo;&agrave; ta mort<br />Dans ton fauteuil Ikea devant TV5MONDE Radio-Canada ICI&nbsp;ARTV<br />Tu notes&nbsp;: Obama la gr&egrave;ve &eacute;tudiante le lilas en fleurs le rendez-vous m&eacute;dical<br />La recette de cuisine la date anniversaire du petit-enfant l&rsquo;heure de ma visite<br />La m&eacute;t&eacute;o de demain la citation de Montaigne le dosage des pilules<br />Tu notes mon nom, mon nom et encore mon nom<br /><br />Raconter&nbsp;<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />Soixante-deux et un Kodak rutilant<br />Par dizaines les photos noir et blanc carr&eacute;es dentel&eacute;es racontent cette nouvelle lumi&egrave;re<br />Des enveloppes par avion bomb&eacute;es boursoufl&eacute;es pr&ecirc;tes &agrave; exploser tapiss&eacute;es de timbres royaux<br />Des mots, des mots et encore des mots<br />Tenter de raconter tout ce qui surgit depuis l&rsquo;arriv&eacute;e au port<br />Tout ce que &laquo;&nbsp;les autres&nbsp;&raquo; ne soup&ccedil;onnent pas ne verront peut-&ecirc;tre jamais<br />Tu engloutis des blocs-notes, des cahiers &agrave; spirale des kits de papier &agrave; lettres du papier pelure c&rsquo;est le plus l&eacute;ger<br />Oui la lumi&egrave;re&nbsp;: d&eacute;crire cette nouvelle lumi&egrave;re, sa blancheur, son &eacute;vanescence<br />Dans tes bottillons de fourrure tu escalades les trottoirs phosphorescents<br />Cacher ta figure de gros foulards de laine les sourcils gel&eacute;s&nbsp;<br />Brise-glace sur le fleuve souffle coup&eacute; noter raconter aux autres<br />Malles et valises de bois, m&eacute;tal, cuir et tissu<br />Au fond du couloir colonne de souvenirs &eacute;ventr&eacute;s<br />Immense carte g&eacute;ographique tapissant le hall d&rsquo;entr&eacute;e&nbsp;: apprendre le pays<br />Celui qui a eu la gr&acirc;ce d&rsquo;ouvrir grand les bras &agrave; l&rsquo;aventuri&egrave;re que tu es<br />Terre de chaleur malgr&eacute; les bourrasques<br />Le transistor sur la table en Formica carnet de notes&nbsp;: dates noms rep&egrave;res<br />Quarante-huit heures de peur au ventre pas davantage<br />Les voisins nouvelles connaissances nouveaux mets &agrave; go&ucirc;ter&nbsp;<br />Cinq mille kilom&egrave;tres entre toi et ta terre&nbsp;<br />Plus de racines plus rien sinon demain&nbsp;<br />Marcher s&rsquo;arr&ecirc;ter pour noter<br />Dans la salle &agrave; manger de ta maison de retraite tu sors une photo<br />Sur ton bureau dans ta chambre en soixante-deux&nbsp;:&nbsp;<br />Des cahiers des carnets des tas de feuilles une pile de cartes postales<br />Un petit visage dans la porte entreb&acirc;ill&eacute;e&nbsp;: c&rsquo;est moi ton enfant<br /><em>L&rsquo;enfant des crayons</em>diras-tu tr&egrave;s t&ocirc;t&nbsp;<br />&Agrave; la papeterie, tu me laisses signer<br /><em>Vous mettrez &ccedil;a sur le compte de ma m&egrave;re</em><br />Et je pars avec mon sac de crayons<br />J&rsquo;ai appris moi aussi mes notes<br />Ont pour forme des images<br /><br />Classifier<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />Il y a toutes ces enveloppes brunes d&eacute;couvertes apr&egrave;s ton d&eacute;part<br />Une caisse pleine de rep&egrave;res strictement personnels et ind&eacute;chiffrables pour &laquo;&nbsp;les autres&nbsp;&raquo;<br />Sur chaque enveloppe, un nom&nbsp;: un nom d&rsquo;auteur ou d&rsquo;artiste<br />Mauriac&nbsp;: et dans l&rsquo;enveloppe oui bien s&ucirc;r des articles de presse sur l&rsquo;auteur des imprim&eacute;s retra&ccedil;ant son &oelig;uvre des citations des dates de vinification des photos de ceps de vigne une maison de campagne photographi&eacute;e &agrave; la p&eacute;nombre un arbre g&eacute;n&eacute;alogique des &eacute;tiquettes de bouteilles des dessins d&rsquo;arbres une photo de toi marchant cours Pasteur des livres plein les bras<br />Lur&ccedil;at&nbsp;: une photo de l&rsquo;Expo&nbsp;67 des &eacute;chantillons de tissu un article sur la tapisserie de Bayeux une serviette de table brod&eacute;e une page de revue sur les coquillages ton p&egrave;re photographi&eacute; sur le bassin d&rsquo;Arcachon une liste de plantes rares<br />Moli&egrave;re&nbsp;: un billet de train aller-retour Bordeaux-Paris des ann&eacute;es cinquante des photos de kermesses une couverture de &laquo;&nbsp;Petit Classique&nbsp;&raquo; avec le portrait de l&rsquo;auteur une recette de macarons des gravures repr&eacute;sentant des chaussures d&rsquo;homme tr&egrave;s fines une publicit&eacute; de parfum sur papier glac&eacute;<br />Maillol&nbsp;: une carte postale de New York pas &eacute;crite nous tes trois enfants sur la Cinqui&egrave;me Avenue un article du&nbsp;<em>Figaro</em>sur le jardin des Tuileries un napperon de restaurant froiss&eacute; et presque illisible sinon pour les mots &laquo;&nbsp;jardin&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;bistro&nbsp;&raquo;<br />G&eacute;rard Philipe&nbsp;: des photos de bord de mer aux couleurs d&eacute;lav&eacute;es la critique d&rsquo;un livre d&rsquo;Anne Philipe un morceau de satin cramoisi auquel pendouillent deux boutons dor&eacute;s un autographe sur un billet de banque ne contenant ni&nbsp;G ni&nbsp;P la lettre d&rsquo;une amie pensionnaire en Dordogne<br />Fred Astaire&nbsp;: un re&ccedil;u d&rsquo;abonnement au Fran&ccedil;ais un th&eacute;&acirc;tre de Bordeaux une serviette de table impr&eacute;gn&eacute;e de cire rouge une broche d&eacute;sargent&eacute;e une &eacute;tiquette de laque un fragment de journal jauni sur lequel on peut lire la m&eacute;t&eacute;o dans plusieurs villes d&rsquo;Europe certainement l&rsquo;hiver entre deux et dix Celsius<br />Yves Montand&nbsp;: une liste de films documentaires politiques une photo du Pont-Neuf une pochette de soie pour homme une publicit&eacute; de Peugeot une reproduction d&rsquo;aquarelle repr&eacute;sentant un bois&eacute; une liste d&rsquo;adresses de biblioth&egrave;ques parisiennes<br />Sur la caisse un carton coll&eacute; sur lequel tu as inscrit&nbsp;: &laquo;&nbsp;pr&eacute;cieux&nbsp;&raquo;<br /><br />D&eacute;m&eacute;nager<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />Quatre-vingt-dix ans et je t&rsquo;annonce&nbsp;:&nbsp;<em>Il va falloir que je te d&eacute;m&eacute;nage</em><br />Cataclysme, tu regardes autour de toi&nbsp;: tes collections de classiques, journaux remontant &agrave; plus d&rsquo;un si&egrave;cle, revues litt&eacute;raires en ordre chronologique, b&eacute;rets, tasses, foulards, photos, dictionnaires, assiettes, boutons, pinces &agrave; cheveux, bouteilles d&rsquo;eau de Cologne<br />Cataclysme, tu as empaquet&eacute;, remball&eacute; tant de fois ces objets d&rsquo;ici et d&rsquo;ailleurs, encaiss&eacute;s, &eacute;gar&eacute;s, retrouv&eacute;s, cherch&eacute;s, attendus, envoy&eacute;s, tu les as ch&eacute;ris, oubli&eacute;s, en a retrac&eacute; l&rsquo;existence, tu les as post&eacute;s, re&ccedil;us en cadeau, tu t&rsquo;en es d&eacute;lest&eacute;e, pour mieux les rapatrier<br />Cataclysme&nbsp;: te voil&agrave; encore une fois immigrante, ignorante de l&rsquo;avenir, revenue &agrave; la case d&eacute;part, tu en as la naus&eacute;e comme sur le transatlantique qui t&rsquo;a emport&eacute;e jusqu&rsquo;ici il y a si longtemps, tu n&rsquo;as aucune envie de mettre un pied devant l&rsquo;autre, de ranger, de trier, de choisir<br />Je t&rsquo;aiderai, je t&rsquo;accompagnerai. Mais, comme toutes ces intentions sont pr&eacute;tentieuses, / je ne p&egrave;se pas ton naufrage certain et lent / comme tout cela est absurde, une vie si riche, si mouvement&eacute;e pour finir l&agrave;, dans un &eacute;tablissement presque neuf, sans trace, sans histoire, sans lien aucun avec ce qu&rsquo;on a &eacute;t&eacute;, b&eacute;ton, verre, acier, contreplaqu&eacute;, comme tout cela ne fait que clore une r&eacute;p&eacute;tition en accablant chacun d&rsquo;un non-sens<br />Cataclysme, ce tout dernier d&eacute;m&eacute;nagement car, entre toi et moi, on le sait bien que c&rsquo;est le dernier&nbsp;<br />Les papiers, les notes&hellip;<br /><br />&nbsp;<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Cafés serrés nuits blanches CS NB]]></title><link><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/cafes-serres-nuits-blanches-cs-nb]]></link><comments><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/cafes-serres-nuits-blanches-cs-nb#comments]]></comments><pubDate>Tue, 23 Oct 2018 09:46:59 GMT</pubDate><category><![CDATA[Po&eacute;sie]]></category><category><![CDATA[Prix Radio-Canada]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.elisabethrecurt.com/textes/cafes-serres-nuits-blanches-cs-nb</guid><description><![CDATA[Finaliste au prix de po&eacute;sie Radio-Canada 2017  Ta chemise trop blanche br&ucirc;lait dans le soleil tu regardais par la fen&ecirc;treCaf&eacute;s serr&eacute;s nuits blanches rires larmes retrouvaillesTu brosses tes dents tu craches et j'aime jusqu'au son de ton crachatBoston deux jours &agrave; nous circuit ferm&eacute; front br&ucirc;lant fond d'impasseDix ans d&eacute;j&agrave; notre rencontre fortuite au fond des bois&Eacute;tendus sur le deck biches aux aguets nuits fra&icirc;ches ge [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<h2 class="wsite-content-title"><a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1064239/elisabeth-recurt-liste-preliminaire-prix-de-poesie-2017" target="_blank"><font size="6">Finaliste au prix de po&eacute;sie Radio-Canada 2017</font></a></h2>  <div class="paragraph"><span>Ta chemise trop blanche br&ucirc;lait dans le soleil tu regardais par la fen&ecirc;tre</span><br /><br /><strong>Caf&eacute;s serr&eacute;s nuits blanches rires larmes retrouvailles</strong><br /><span>Tu brosses tes dents tu craches et j'aime jusqu'au son de ton crachat</span><br /><span>Boston deux jours &agrave; nous circuit ferm&eacute; front br&ucirc;lant fond d'impasse</span><br /><span>Dix ans d&eacute;j&agrave; notre rencontre fortuite au fond des bois</span><br /><span>&Eacute;tendus sur le deck biches aux aguets nuits fra&icirc;ches gestes gauches</span><br /><span>Dans l&rsquo;imm&eacute;diatet&eacute; en un seul souffle l'histoire de ta m&egrave;re ton &acirc;me soeur</span><br /><span>Disparue depuis si longtemps vivante entre tes l&egrave;vres</span><br /></div>  <div>  <!--BLOG_SUMMARY_END--></div>  <div class="paragraph"><strong>Caf&eacute;s serr&eacute;s nuits blanches prendre racine figurer ton pass&eacute; casser nos apparences</strong><br />Ta peau cuivr&eacute;e apprentissages chutes failles &eacute;treintes s&eacute;parations<br />Cinq &eacute;tats am&eacute;ricains quatre provinces canadiennes entre nous<br />Kilom&egrave;tres de bandes magn&eacute;tiques le micro attach&eacute; &agrave; ma chemise<br />Tu te faufiles avec moi m&eacute;tro toilettes garderie<br />On jongle avec les d&eacute;calages nos montres s&rsquo;affolent lames de fond algues inextricables<br />Santa Fe ocre des murs chaleur s&egrave;che travail sur nos ordis dialogues &eacute;court&eacute;s<br />Tu t&rsquo;habilles de fripes et j&rsquo;aime jusqu&rsquo;&agrave; cette d&eacute;coloration de tes v&ecirc;tements<br />Colorado ambiance feutr&eacute;e d&icirc;ner marocain &eacute;carlate des coussins de soie<br />Toujours tes mains sur moi &eacute;paules cuisses cheveux<br />Longtemps tu les brosses je m'endors je t&rsquo;enlise je suis ton enfant<br />Tu es ma famille mon port avenir ou pas logique futile<br />Des hommes des femmes traversent ta vie tes draps<br />Se collent &agrave; ta peau sal&eacute;e partagent tes d&eacute;jeuners<br />Dis-moi tout m&ecirc;me si &ccedil;a fait mal ne dis plus rien pars reste revient<br /><br /><strong>Caf&eacute;s serr&eacute;s nuits blanches chuchotements cris &eacute;touff&eacute;s larmes &eacute;cras&eacute;es l&eacute;ch&eacute;es</strong><br />Ta langue sur mes craintes ta t&ecirc;te sur mon &eacute;paule<br />Funambules de nos propres vies d&eacute;j&agrave; vingt ans certitudes balbutiements<br />Vingt ans d'attentes de confusion de lumi&egrave;re de deuils de complicit&eacute;<br />Tu vieillis et j&rsquo;aime jusqu&rsquo;&agrave; chacune de ces craquelures<br />Un voyage dans ma famille je t'invite t'implore viens avec moi<br />Un non sans retour pas d&rsquo;officialit&eacute; je t&rsquo;en prie<br />Un an plus tard vertige tu voudrais m'&eacute;pouser<br />Ta voix cass&eacute;e je ne sais plus l&rsquo;autobus avale mes au revoir<br />D&eacute;pli&eacute;s d&eacute;froiss&eacute;s enrag&eacute;s ab&icirc;m&eacute;s r&eacute;g&eacute;n&eacute;r&eacute;s d&eacute;tendus vibrants all&eacute;g&eacute;s<br />Toujours remettre le compteur &agrave; z&eacute;ro<br />Ton fils ma fille les enfants au milieu de nous f&eacute;brilit&eacute; d&eacute;bordante<br />Nos fibres parentales inchang&eacute;es immuables folles randonn&eacute;es<br />En bateau d'une &icirc;le &agrave; l'autre dans ton van retap&eacute; petite maison roulante<br />R&eacute;pertoire de chansons &eacute;puis&eacute; &agrave; endormir les enfants otites &agrave; r&eacute;p&eacute;tition<br /><br /><strong>Caf&eacute;s serr&eacute;s&nbsp;nuits blanches livres d&rsquo;images tendresses Mowgli dans la jungle</strong><br />Tu files dans des motels avec je ne sais qui je ne sais quand<br />Tu te fixes tu t'investis tu accompagnes liaisons s&eacute;rieuses<br />Nos amis nos amants nos amoureux nos compagnons<br />Pas de mod&egrave;le pas de norme plus de crainte pacifi&eacute;s<br />Tu hais les coiffeurs et j&rsquo;aime jusqu&rsquo;aux d&eacute;coupes al&eacute;atoires de tes m&egrave;ches folles<br />Trente ans d&eacute;j&agrave; pas une promesse &agrave; faire &agrave; tenir &agrave; reconsid&eacute;rer &agrave; nier<br />Tu sonnes &agrave; la porte je cours je crie je saute dans tes bras les voisins sortent je n&rsquo;ai pas<br />d&rsquo;&acirc;ge tu me l&rsquo;as pris<br />Tu ris tu m'&eacute;touffes tu t'&eacute;tends pr&egrave;s de moi tu sombres dans la nuit<br />Soul&eacute;s de nos musiques de nos mots je d&eacute;tache les boutons de ta chemise tu enl&egrave;ves<br />l&rsquo;&eacute;lastique qui retient mes cheveux<br />Aucune intention no man&rsquo;s land<br />Puzzle reconstitu&eacute; nos corps lourds nos bagages pos&eacute;s<br />Presque tricot&eacute;s des m&ecirc;mes cellules un genre de fratrie sans merci<br />Je suis ta voiture du regard elle se fond dans l'horizon la neige a neig&eacute;<br />On va s'&eacute;crire s'appeler par n&eacute;cessit&eacute; par d&eacute;sir par hasard par insomnie<br />Ta chemise trop blanche br&ucirc;lait dans le soleil tu regardais par la fen&ecirc;tre<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br /><br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Denis Farley, Calibrated Presence – Élisabeth Recurt, Paysages étalonnés]]></title><link><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/denis-farley-calibrated-presence-elisabeth-recurt-paysages-etalonnes-de-la-fixite-de-nos-reperes-extraits]]></link><comments><![CDATA[https://www.elisabethrecurt.com/textes/denis-farley-calibrated-presence-elisabeth-recurt-paysages-etalonnes-de-la-fixite-de-nos-reperes-extraits#comments]]></comments><pubDate>Mon, 24 Sep 2018 21:19:48 GMT</pubDate><category><![CDATA[Denis Farley]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.elisabethrecurt.com/textes/denis-farley-calibrated-presence-elisabeth-recurt-paysages-etalonnes-de-la-fixite-de-nos-reperes-extraits</guid><description><![CDATA[Ciel variable&#8203;, printemps 1999&laquo; De la fixit&eacute; de nos rep&egrave;res &raquo;  &laquo;La poursuite des formes n&rsquo;est qu&rsquo;une poursuite du temps, mais s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de formes stables, il n&rsquo;y a m&ecirc;me pas de forme du tout.&raquo;&mdash; Paul Virilio,&nbsp;Esth&eacute;tique de la disparition.De son regard, elle scrutait le paysage.&laquo;Il se joue de moi&raquo;, pensait-t-elle.Depuis un bon moment d&eacute;j&agrave; elle avait entam&eacute; sa reche [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<h2 class="wsite-content-title"><a href="#"><em>Ciel variable</em>&#8203;, printemps 1999<br />&laquo; De la fixit&eacute; de nos rep&egrave;res &raquo;</a></h2>  <div class="paragraph"><font color="#3f3f3f">&laquo;La poursuite des formes n&rsquo;est qu&rsquo;une poursuite du temps, mais s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de formes stables, il n&rsquo;y a m&ecirc;me pas de forme du tout.&raquo;<br />&mdash; Paul Virilio,&nbsp;Esth&eacute;tique de la disparition.</font><br /><br /><span>De son regard, elle scrutait le paysage.</span><br /><span>&laquo;Il se joue de moi&raquo;, pensait-t-elle.</span><br /><span>Depuis un bon moment d&eacute;j&agrave; elle avait entam&eacute; sa recherche. Elle ne se rappelait plus si cela venait de lui ou si elle &eacute;tait elle-m&ecirc;me l&rsquo;instigatrice de ce jeu&hellip; ce n&rsquo;&eacute;tait plus gu&egrave;re un jeu.</span><br /><span>Souvent c&rsquo;&eacute;tait un manque qu&rsquo;il lui fallait combler. Il lui fallait se rassurer, se rep&eacute;rer. Il existait bien, quelque part, elle l&rsquo;attendrait.</span></div>  <div>  <!--BLOG_SUMMARY_END--></div>  <div class="paragraph">Il finissait toujours par se r&eacute;v&eacute;ler. Mais parfois l&rsquo;attente &eacute;tait si longue qu&rsquo;elle s&rsquo;y consumait. Une attente lente et tranquille qui se transformait peu &agrave; peu en inqui&eacute;tude lancinante. F&eacute;brile, son regard se fatiguait jusqu&rsquo;&agrave; douter. N&rsquo;&eacute;tait-ce qu&rsquo;une hallucination, un mirage ? Il apparaissait si infime &agrave; l&rsquo;horizon ou dissimul&eacute; dans un inextricable d&eacute;sordre de branchages, &agrave; l&rsquo;ombre d&rsquo;un coin de rue&hellip;<br />Elle n&rsquo;&eacute;tait jamais compl&egrave;tement certaine de sa vision.<br />Elle fermait les yeux. Lorsqu&rsquo;elle les rouvrait, il &eacute;tait encore l&agrave;.<br />Parfois, avant m&ecirc;me de le localiser, elle l&rsquo;avait senti, ce n&rsquo;&eacute;tait pas une pr&eacute;monition, non, ce n&rsquo;&eacute;tait pas de cet ordre l&agrave;, c&rsquo;&eacute;tait plus puissant que cela. Un aimant, une attraction irr&eacute;futable, impossible de s&rsquo;&eacute;loigner. Ses yeux vagabondaient, tournoyaient, erraient, se reprochant l&rsquo;incapacit&eacute; du rep&eacute;rage imm&eacute;diat malgr&eacute; la certitude de la proximit&eacute;.<br />Soudain, tout son corps &eacute;tait happ&eacute;, l&rsquo;aimant.<br />En une fraction de seconde sa pens&eacute;e partait le rejoindre. Elle se fixait &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s. Par imagination, elle avait d&eacute;j&agrave; pris sa place, regardait les alentours de son point de vue &agrave; lui.<br />Alors elle comprenait.<br />Le paysage lui appartenait. Jusqu&rsquo;&agrave; perte de vue.<br />La montagne ne semble exister que par cet indice, le lac n&rsquo;a plus de stagnance, d&rsquo;horizontalit&eacute; que par lui, le r&eacute;servoir n&rsquo;a de rondeur que par lui.<br />La mesure de l&rsquo;espace tout autour, la longueur de la route, la hauteur du pyl&ocirc;ne, la profondeur de carri&egrave;re. Indice permettant l&rsquo;ordonnance.<br />Par lui, la for&ecirc;t se divise, le lac se tranche en deux. Tout se recr&eacute;e autour, &agrave; c&ocirc;t&eacute;, en bas, en haut, devant, derri&egrave;re.<br />Indice de l&rsquo;espace mais aussi du temps qui passe.<br />La marche pour se rendre jusqu&rsquo;&agrave; lui. Le trajet pour en revenir.<br />Distances franchies, minutes &eacute;coul&eacute;es, heures et jours d&eacute;roul&eacute;s, j&rsquo;entends encore le bruit des gravillons sous le freinage des pneus, le dernier virage &agrave; droite avant de garer ma voiture devant chez lui, devant la petite maison blanche. Vingt quatre minutes de trajet. Parfois vingt cinq. Et les volets s&rsquo;ouvrent, battent au vent, son visage se tend, je me penche sur le volant pour l&rsquo;apercevoir au second &eacute;tage. Sortir de l&rsquo;auto, en claquer la porte, faire quelques pas et marcher jusqu&rsquo;&agrave; la maison. Vingt six minutes et quelques secondes encore pour apercevoir son ombre &agrave; travers le voilage de la vitre. Poser un pied devant l&rsquo;autre, continuer &agrave; compter jusqu&rsquo;&agrave; perdre la notion du temps pour trouver celui qui nous est propre.<br />Banlieues &eacute;vasives, terrains vagues, oubli&eacute;s, pourtant grillag&eacute;s, visiteur insolite, bicyclette couch&eacute;e sur le flanc, verrou sur l&rsquo;oubli, interdit de passage.<br />Voies ferr&eacute;es d&rsquo;une adolescence errante, blancs de m&eacute;moire rafra&icirc;chis d&rsquo;une soudaine &eacute;mergence de senteurs difficilement identifiables. Peu &agrave; peu effluves d&rsquo;essence, de charbon, de fer rouill&eacute;. La maison, plus loin, dont on s&rsquo;&eacute;chappe encore et toujours pour explorer les cours d&rsquo;usine, les voies sans issue et suivre la voie ferr&eacute;e dans l&rsquo;espoir d&rsquo;un point d&rsquo;horizon rapproch&eacute;, atteignable. Mines &agrave; ciel ouvert.<br />Paysage scind&eacute;, coup&eacute;, mesur&eacute;, fractionn&eacute;, divis&eacute;, sectionn&eacute;, segment&eacute;. Silhouette dans les poussi&egrave;res de ville, homme standard parmi les standards, tant de r&egrave;gles, appareils et syst&egrave;mes normatifs con&ccedil;us &agrave; notre &eacute;chelle et nous-m&ecirc;mes &eacute;chelle parmi les &eacute;chelles, se conformant aux structures du mat&eacute;riel. Corps, terre, acier.<br />Usines, containers, grues, m&eacute;tal. Ciel de pluie, r&eacute;servoirs abandonn&eacute;s, rebuts industriels, asphalte grug&eacute;e, ciments et bosquets de fortune.<br />Dans l&rsquo;humidit&eacute; ambiante ou la transparence de l&rsquo;air frais, au fin fond du parcours, microcosme nous rappelant cette fragilit&eacute; du passage, chemin fray&eacute; au c&oelig;ur des folles proportions du monde.<br />L&rsquo;&eacute;chelle r&eacute;elle et puis celle de l&rsquo;imaginaire. L&rsquo;&eacute;chelle r&eacute;duite de toute une vie. La m&eacute;moire en folie.<br />Sur un napperon blanc tr&egrave;s ordinaire, un peu dentel&eacute; sur les bords, un simple napperon de restaurant, il avait dessin&eacute; sa vie. Ses parcours. La carte de l&rsquo;Am&eacute;rique &eacute;tait quelque peu d&eacute;form&eacute;e mais il y avait trac&eacute; les principaux points d&rsquo;ancrage, les routes les plus souvent emprunt&eacute;es ou les plus marquantes&hellip; La trajectoire partait du Connecticut, o&ugrave; il avait vu le jour, pour s&rsquo;arr&ecirc;ter dans l&rsquo;Ohio, cinquante ans plus tard. Mais ceci en traversant je ne sais combien d&rsquo;&Eacute;tats du centre et de l&rsquo;ouest des &Eacute;tats-Unis, les pays d&rsquo;Am&eacute;rique latine et nombre de campagnes chiliennes et p&eacute;ruviennes. Aujourd&rsquo;hui, elle regardait ce napperon &eacute;pingl&eacute; au tableau de li&egrave;ge de son bureau. Un tr&eacute;sor pour elle qui ne l&rsquo;avait pas connu lors de toutes ces p&eacute;r&eacute;grinations. Elle parcourait agr&eacute;ablement et en toute s&eacute;curit&eacute; les routes qu&rsquo;il avait jadis emprunt&eacute;es. Chaque lettrage de lieu apparaissait de grosseur diff&eacute;rente. Plus le nom de la ville &eacute;tait en gros, plus il y &eacute;tait rest&eacute; longtemps. Lorsqu&rsquo;un c&oelig;ur l&rsquo;entourait, il y avait partag&eacute; sa vie avec un &ecirc;tre plus que cher. Pour elle, ces rep&egrave;res lui disaient le temps, l&rsquo;importance des gens, l&rsquo;espace. Lorsque la route &eacute;tait zigzagante, elle savait qu&rsquo;il avait h&eacute;sit&eacute; &agrave; choisir cette destination. Tout au contraire, certaines lignes &eacute;taient on ne peut plus directes, droites, convaincantes, par exemple Santiago-New-York. &laquo;Il &eacute;tait temps de rentrer&raquo; avait-il laiss&eacute; tomber en la d&eacute;crivant de sa mine de plomb.<br />Elle se demandait seulement s&rsquo;il tra&ccedil;ait en ce moment une autre carte dans un autre restaurant pour une autre qu&rsquo;elle. La route qui avait su le mener jusqu&rsquo;&agrave; elle, la tra&ccedil;ait-il d&rsquo;un seul trait, bien incisif, ind&eacute;l&eacute;bile ? Elle aurait tant voulu imaginer une ligne fixe, forte, d&eacute;termin&eacute;e.<br />D&eacute;termin&eacute;, vertical, radical, fig&eacute;, il s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve, prenant peu &agrave; peu racine, pointant vers le ciel, symptomatique trait d&rsquo;union entre &eacute;vanescence et mati&egrave;re.<br />Besoin de rep&egrave;res. De fixit&eacute;.<br />Il s&rsquo;&eacute;lance. Traverse la sc&egrave;ne en diagonale, sort, revient, triples pirouettes,&nbsp; grand jet&eacute;. Et tout &agrave; coup, plus rien ne bouge. Pas l&rsquo;ombre d&rsquo;une palpitation, d&rsquo;un tremblement. Fig&eacute;, il s&rsquo;ancre au sol. Appuy&eacute; sur une seule jambe, le bras droit tendu vers l&rsquo;audience, le cou d&rsquo;acier, la t&ecirc;te haute. L&agrave;, demain soir et encore pour seize autres soir&eacute;es il s&rsquo;arr&ecirc;tera net.<br />Pr&eacute;cis&eacute;ment face &agrave; l&rsquo;interstice entre deux violoncellistes de la fosse d&rsquo;orchestre. Pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; trois larges enjamb&eacute;es du rideau de coulisse. Fr&ocirc;lant le d&eacute;s&eacute;quilibre, il trouve pourtant en ce point exact sa justesse, sa pertinence, sa force. C&rsquo;est l&agrave;, en ce point, que chaque soir il entend le public respirer. C&rsquo;est &agrave; ce moment exact que le contact, le premier vrai contact se fait.<br />Il ignore tout des heures pass&eacute;es, des r&eacute;p&eacute;titions, des blessures, du temps, de la saison, des contingences de la vie du dehors.<br />Dans cette salle, il n&rsquo;y a plus que lui et eux.<br />Chaque soir il tracera cette m&ecirc;me trajectoire, trouvera le m&ecirc;me angle. Instinctivement, il s&rsquo;immobilisera &agrave; la fraction de seconde pr&egrave;s, &agrave; la fraction de centim&egrave;tre pr&egrave;s.<br />Point de fuite de tous les regards, rep&egrave;re dans le foisonnement des d&eacute;cors.<br />Figure qui ordonne, fixe, range, proportionne, &eacute;chelonne,&nbsp;gradue, r&eacute;partit. Marquage dans l&rsquo;environnement trop flou, vaste, d&eacute;sordonn&eacute;, parfois incoh&eacute;rent. Marquage nommant la r&eacute;alit&eacute; des &eacute;l&eacute;ments, leur consistance, le poids des choses.<br />Le ciel p&egrave;se. Il nous &eacute;crase, lourd d&rsquo;humidit&eacute;. Et tout autour du signal rouge et blanc, la terre s&rsquo;&eacute;vade, se d&eacute;tend. Elle s&rsquo;enfuit, se d&eacute;robe sous les pieds. Seule la figure s&rsquo;accroche, reste, signe le panorama. Elle est notre respiration.<br />Entre ce point d&rsquo;ancrage et moi, espace de cent pas, de mille pas, espace qui s&rsquo;&eacute;tire &agrave; mesure que je le trace.<br />Rep&egrave;re dans le champ visuel. Plus de mouvance, respiration, d&eacute;c&eacute;l&eacute;ration. Plus de ce temps fugitif impossible &agrave; rattraper.<br />Longtemps marcher, allonger le pas, errer, t&acirc;ter, deviner, chercher le point strat&eacute;gique, celui qui nous offre le positionnement id&eacute;al, l&rsquo;interstice dans lequel s&rsquo;ins&eacute;rer devient vital.<br />Presqu&rsquo;insensible, aussi l&eacute;ger qu&rsquo;un souffle, motif naissant &agrave; l&rsquo;ombre des r&eacute;servoirs abandonn&eacute;s, l&eacute;ger comme un souffle, oui, presqu&rsquo;imperceptible mais ancr&eacute;, b&eacute;tonn&eacute;, enracin&eacute;, semblant ind&eacute;logeable.<br />Dot&eacute; d&rsquo;une illusoire permanence.</div>]]></content:encoded></item></channel></rss>